Lida Klarsfeld, l’avocate discrète des chasseurs de nazis

Fille de Serge et Beate Klarsfeld, cette avocate a plaidé lors des grands procès de la Shoah avant de quitter le barreau pour Rome, où elle parle aujourd’hui de droit à des lycéens.

Lida Klarsfeld est une avocate française, fille du couple de chasseurs de nazis Serge et Beate Klarsfeld. Bien moins connue que son frère Arno, elle a pris part à l’un des derniers grands procès de la Shoah en France, celui d’Aloïs Brunner, l’un des principaux organisateurs de la déportation des Juifs de France. Parmi ces victimes, son propre grand-père : arrêté à Nice sur ordre de Brunner en 1943, il est mort à Auschwitz.



Qui est Lida Klarsfeld ?

Lida a grandi dans une maison où tout tournait autour d’un même sujet : la mémoire de la Shoah et la poursuite des anciens nazis. Ses parents y consacraient toute leur vie. Comme son frère aîné Arno, elle a choisi le droit.

Très vite, le frère et la sœur ont pris des chemins opposés. Arno est devenu une figure publique, présente à la télévision et dans les débats. Sa sœur a fait l’inverse et s’est tenue à l’écart.

L’essentiel à retenir

  • Née en 1973 à Paris
  • Profession : avocate
  • Parents : Serge et Beate Klarsfeld, célèbres pour avoir traqué d’anciens criminels nazis
  • Frère : Arno Klarsfeld, avocat
  • Procès marquants : Papon (1998) et Brunner (2001)
  • Vit aujourd’hui à Rome

Brunner, l’homme qui a déporté son grand-père

Le 2 mars 2001, l’accusé n’était pas là. Aloïs Brunner, ancien commandant du camp de Drancy, vivait encore à Damas ou était déjà mort. Personne ne le savait. Devant la cour d’assises de Paris, le box est resté vide. Il n’y avait ni jurés ni témoins, seulement trois magistrats.

Le procès s’est tenu par contumace, faute d’accusé. De ce camp, aux portes de Paris, partaient les convois vers les camps de la mort. Né en Autriche en 1912, Brunner s’était réfugié en Syrie après la guerre, hors de portée de la justice française pendant des décennies.

Ce 2 mars, Serge, Arno et Lida ont plaidé ensemble pour la seule fois de leur vie. Pour Lida, l’affaire était aussi personnelle : c’était Brunner qui avait ordonné, le 30 septembre 1943 à Nice, l’arrestation de son grand-père, déporté puis assassiné à Auschwitz. L’avocat général Philippe Bilger a évoqué une « joie sans mélange » au moment de requérir la peine maximale. Brunner a été condamné à la réclusion à perpétuité.

Le procès Papon, déjà en retrait

Trois ans plus tôt, elle avait déjà pris part à un autre procès majeur. À Bordeaux, en 1998, Maurice Papon, ancien haut fonctionnaire de Vichy, comparaissait pour complicité de crimes contre l’humanité.

Le quotidien Sud Ouest a alors noté un détail. Dans les derniers jours d’audience, Arno Klarsfeld ne faisait plus que de brèves apparitions. Sa sœur, elle, est restée jusqu’à la fin des débats. Papon a été condamné à dix ans de réclusion.

Pourquoi elle a quitté le barreau

Quelques années après le procès Brunner, Lida Klarsfeld a quitté le barreau de Paris. En 2007, elle a épousé un financier italien et s’est installée à Rome, où elle a élevé ses trois enfants. Son mariage devait être célébré à Sienne par le cardinal Lustiger ; trop malade, ce dernier est mort peu avant la cérémonie, et c’est le père Patrick Desbois qui a uni le couple.

L’association fondée par ses parents, les Fils et Filles des Déportés Juifs de France, la décrit comme plus réservée que son frère. Loin des tribunaux, elle a aidé son père autrement, en saisissant à l’ordinateur des centaines de pages de ses manuscrits. Sur le couple que formaient Serge et Beate, elle a résumé les choses en une phrase :

« C’était impossible l’un sans l’autre. »

Lida Klarsfeld aujourd’hui

En novembre 2024, Lida Klarsfeld est intervenue au lycée Chateaubriand de Rome, l’établissement français de la ville. Devant une classe de seconde, elle a parlé du droit des mineurs et de l’intérêt de l’enfant. Elle l’a fait bénévolement, au sein d’une association d’avocats reconnue d’utilité publique, sous convention avec les ministères de la Justice et de l’Éducation nationale.

Aujourd’hui, dans la cinquantaine, elle ne plaide plus. Son père Serge a 90 ans, sa mère Beate 87. C’est désormais devant des lycéens, loin des tribunaux, qu’elle parle encore de droit.

Caresse Gauvin
Caresse Gauvinhttps://franzire.fr/
Caresse Gauvin est journaliste depuis plus de onze ans. Formée dans la presse locale, elle lance ce 19 juin 2026 Franzire, le site d'actualité généraliste qu'elle dirige depuis Strasbourg. Son terrain de prédilection reste l'actualité des célébrités, des portraits et biographies de personnalités jusqu'aux coulisses qui font parler, mais sa rédaction traite toutes les grandes rubriques d'un média national, à commencer par la société, le sport, l'économie, la culture, l'international, la tech et les médias, sans oublier les tendances qui rythment l'actualité du jour. Principale signature et rédactrice en chef de Franzire, elle travaille avec une équipe de rédacteurs et de documentalistes chargés de vérifier chaque information et de remonter aux sources avant toute publication. Installée en Alsace, elle couvre la France et le monde avec la même exigence de fiabilité, en choisissant toujours l'information vérifiée plutôt que la rumeur.

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