Emilie Payet a témoigné en février 2026 sur sa relation avec Jeffrey Epstein entre 2010 et 2013. Ce récit, recueilli par l’Agence de vérification de Radio France, a ensuite permis à des journalistes américains d’identifier Steve Tisch, coprésident des New York Giants. Il a quitté la direction du club moins de deux mois plus tard.
Une plaque de bronze portait le nom de Steve Tisch sur le campus de l’université Tufts, dans le Massachusetts, depuis 2012, l’année où sa famille avait versé treize millions de dollars pour financer un centre sportif. En mars 2026, l’établissement l’a fait disparaître sans un mot d’explication publique. Près de deux mois plus tôt, à Paris, une jeune femme originaire de La Réunion avait raconté pour la première fois ce qu’elle avait vécu avec le financier américain Jeffrey Epstein. Elle s’appelle Emilie Payet, et c’est son témoignage qui a permis de remonter jusqu’à Tisch.
Sommaire
Qui est Emilie Payet ?
Elle est née à La Réunion et quitte l’île à six ans pour grandir à Tahiti, où elle rejoint la troupe de danse polynésienne Temaeva. Repérée là-bas par le styliste et agent Alberto Vivian, elle part pour Paris à 19 ans, aux alentours de 2010. Elle y suit des cours de maquillage à l’école Flavia Palmeira et travaille dans un café du Marais, avant de rejoindre en 2011 la troupe de danseuses du cabaret Crazy Horse.
Elle signe ensuite avec l’agence de mannequins Martine’s Women Paris. Son book compte plusieurs collaborations reconnues dans le milieu de la mode :
- le calendrier Lambertz, présenté au Bode Museum de Berlin en novembre 2014
- une série de photos prises à Ibiza par le photographe Marc Lagrange, publiées dans son livre Diamonds & Pearls
- une collaboration avec le photographe David Bellemere pour le magazine Treats!
- un reportage pour Playboy France, publié en 2022
Sous le nom de scène Leo Solar, elle mène aussi une carrière de chanteuse et poursuit des projets d’actrice, entre Paris et la Polynésie.
Trois ans de contact avec Jeffrey Epstein
Elle raconte avoir rencontré Jeffrey Epstein en 2010, à 19 ans, peu après son arrivée en France, alors qu’elle se sent isolée, sans famille ni amis sur le continent. Un ancien scout la met en relation avec le financier américain, qui lui promet de l’aider dans sa carrière : des contrats de mannequinat aux États-Unis, et même une présentation à Woody Allen. En échange, une seule condition lui est posée : rester en contact régulier.
Elle se rend ensuite plusieurs fois dans son appartement parisien. L’accueil, dit-elle, suit toujours le même schéma : elle est envoyée dans la cuisine avec le valet, où se trouvent, comme par hasard, des objets qu’elle aime. Epstein la rabaisse aussi, sous couvert de plaisanterie, en lui disant un jour qu’elle a « une sale gueule ». Avec le recul, elle y voit une méthode destinée à la déstabiliser avant de la rassurer.
La relation devient progressivement plus personnelle. Elle finit par lui faire confiance, au point de le considérer comme un ami. Après avoir perdu son téléphone, elle reçoit un virement d’Epstein, qui insiste pour qu’elle reste joignable à tout moment. Radio France a retrouvé la trace de ce virement, 600 dollars, dans les documents publiés par l’administration américaine.
C’est en 2013 qu’Epstein la présente à un producteur américain, lors d’un rendez-vous dans un appartement au dernier étage d’un immeuble new-yorkais. Toujours selon son récit, l’homme lui montre une course de quads sur un écran, puis pose la main sur sa cuisse. Elle la repousse et dit non.
« You are a very smart girl. »
Il lui répond cette phrase, en anglais. Elle s’enfuit et rentre chez elle sans se souvenir du trajet. Le lendemain, Epstein l’appelle et l’insulte au téléphone. Elle relativise aujourd’hui, sans minimiser ce qu’elle dit avoir vécu : par rapport à ce que d’autres jeunes femmes ont subi, précise-t-elle, « ce n’était pas grand-chose ».
Comment Steve Tisch a été identifié comme le « producteur américain »
Le 30 janvier 2026, un vendredi, le ministère américain de la Justice publie plus de trois millions de documents sur le réseau de Jeffrey Epstein, en application d’une loi qui impose la publication de ces archives. Le nom d’Emilie Payet y apparaît plusieurs centaines de fois. Le site américain The Athletic y trouve aussi des échanges de courriels entre Epstein et Steve Tisch, coprésident et actionnaire des New York Giants. Dans l’un de ces messages, daté de 2013, Epstein décrit à Tisch une femme « tahitienne, parlant surtout français, exotique ». Tisch répond simplement : « Elle est adorable. Merci. »
Tisch publie une déclaration dès le soir même. Il y reconnaît une brève relation avec Epstein, faite d’échanges de courriels sur des femmes adultes, ainsi que des discussions sur le cinéma, la philanthropie et les investissements. Il affirme n’avoir jamais accepté ses invitations ni s’être rendu sur son île, et dit regretter profondément cette relation.
Né en 1949, Tisch est une figure connue du cinéma et du sport américains. Producteur oscarisé pour Forrest Gump, il a aussi produit Risky Business et American History X. Il dirige les New York Giants avec sa famille depuis la mort de son père, Preston Robert Tisch, en 2005.
Une semaine après la publication des documents, le 6 février, l’Agence de vérification de Radio France, la cellule qui a succédé en 2022 à l’Agence franceinfo, publie le témoignage recueilli auprès d’Emilie Payet. Six jours plus tard, le 12 février, The Athletic établit le lien entre les deux récits. Le rendez-vous qu’elle décrit, dans un appartement au dernier étage où une vidéo de course de quads est diffusée sur un écran, correspond selon le site à ce que racontent les courriels échangés entre Epstein et Tisch. La jeune femme, de son côté, n’a jamais nommé Tisch elle-même dans son témoignage. C’est le recoupement des journalistes américains qui a établi ce lien. Tisch n’a jamais répondu directement aux éléments publiés par The Athletic à ce sujet, et n’a fait l’objet d’aucune inculpation.
Les conséquences pour la NFL et l’université Tufts
L’affaire prend rapidement une tournure institutionnelle aux États-Unis.
- 2 février : le commissaire de la NFL, Roger Goodell, annonce que la ligue va examiner tous les faits.
- 11 février : devant la commission judiciaire de la Chambre des représentants, l’élue démocrate Zoe Lofgren interroge la ministre de la Justice Pam Bondi sur les échanges entre Epstein et Tisch. Bondi refuse de répondre directement.
- 19 février : la chaîne NBC Sports estime que les faits rapportés pourraient constituer une agression et appelle la NFL à ouvrir une enquête formelle.
- 11 mars : la famille Tisch demande à transférer sa participation dans les Giants, environ 23 % du club, à des trusts familiaux. Son entourage assure, via CNN, qu’il s’agit d’une planification patrimoniale prévue de longue date, sans lien avec l’affaire Epstein.
- Fin mars : l’université Tufts retire discrètement la plaque commémorative de son centre sportif portant le nom de Tisch.
- 31 mars : lors de la réunion annuelle des propriétaires de la NFL, à Phoenix, Goodell affirme que la ligue n’a rien trouvé qui constitue une violation, à ce stade. Le même jour, Tisch quitte officiellement ses fonctions de président et de vice-président exécutif des Giants.
Que reste-t-il de ce témoignage ?
Depuis la diffusion de son témoignage, aucun média n’a recueilli de nouvelle réaction de sa part. Le club de NFL a réorganisé sa structure de propriété. L’université a fait disparaître sa plaque commémorative sans explication publique. La NFL a clos son examen sans trouver de violation ni prononcer de sanction.
Le témoignage a suivi son cours dans les institutions qu’il a traversées. Emilie Payet, elle, n’y figure plus.

